La poésie contemporaine francophone peut s’appuyer sur des éléments très concrets pour exprimer des expériences intérieures difficiles à formuler directement. Dans Hangars, José-Flore Tappy travaille précisément cette relation entre matière, espace et intimité, en construisant des poèmes courts autour d’un univers volontairement dépouillé. Publié aux éditions Empreintes en 2006, le recueil reçoit le Prix Schiller en 2007.
Un univers réduit à l’essentiel
Hangars est organisé autour de trois ensembles intitulés Limaille, Élémentaires et Graviers. Ces titres installent immédiatement un vocabulaire minéral et matériel, où les objets semblent débarrassés de tout ce qui pourrait être considéré comme accessoire.
Cette recherche de simplicité ne signifie pourtant pas que les poèmes soient uniquement descriptifs. Les surfaces, les bâtiments, les pierres ou les déchets permettent à José-Flore Tappy de construire une poésie de l’intériorité, sans passer par une expression sentimentale directe.
Un extrait de Limaille montre cette manière de partir d’une scène concrète pour créer une impression d’instabilité :
« Sur l’abîme
la bâtisse penche
livrée au vide
instable avec son encre d’herbes »
La construction apparaît ici fragile, presque privée de protection, et l’espace extérieur devient progressivement une manière d’approcher la vulnérabilité humaine.
Matière, vide et brièveté
Les critiques consacrées à Hangars soulignent cette capacité à utiliser des éléments matériels pour révéler une réalité plus intime. Le recueil évoque les craintes, les douleurs et la fragilité sans les développer dans un registre explicitement sentimental.
La brièveté joue également un rôle essentiel. Les poèmes concentrent l’expérience en quelques images, en laissant au vide autant d’importance qu’aux objets eux-mêmes. Cette économie de mots correspond au mouvement général du livre : réduire progressivement l’environnement pour atteindre ce qui ne peut plus être transformé ou retiré.
José-Flore Tappy

Née le 5 janvier 1954, José-Flore Tappy travaille au Centre de recherches sur les lettres romandes. Elle participe également à la création de la revue Condor, consacrée à la culture latino-américaine, et traduit des poètes de langue espagnole. Ses recherches portent notamment sur des écrivains de Suisse romande et d’Amérique latine. Sa bibliographie comprend Errer mortelle, Pierres à feu, Terre battue et Lunaires. Avec Hangars, José-Flore Tappy poursuit une poésie dense et concise, où le monde matériel sert à donner une forme précise à des expériences beaucoup plus intimes.