Les récits d’exil ne parlent pas uniquement du départ. Ils racontent aussi ce qui vient après, lorsque de nouvelles habitudes doivent se construire sans que les souvenirs du pays quitté disparaissent complètement. Dans Nous serons des héros, Brigitte Giraud aborde cette expérience à travers le regard d’Olivio, adolescent portugais arrivé en France avec sa mère pour échapper à la dictature de Salazar.
Publié chez Stock en 2015, le roman s’inscrit dans une œuvre où l’autrice explore régulièrement la famille, l’absence et la transformation des trajectoires individuelles. Brigitte Giraud, née en Algérie et installée à Lyon, est également l’autrice de romans, nouvelles et récits récompensés par plusieurs prix littéraires.
Une adolescence entre plusieurs mondes
Olivio doit progressivement reconstruire son quotidien en France. Son amitié avec Ahmed joue un rôle important dans cette adaptation, mais le roman dépasse rapidement l’histoire individuelle de deux adolescents.
Autour d’eux apparaissent plusieurs expériences de déplacement et de déracinement. La mère d’Olivio tente de refaire sa vie auprès d’un homme rapatrié d’Algérie, tandis que chacun reste attaché à un passé qu’il ne peut véritablement partager avec l’autre.
Le décor est celui des banlieues lyonnaises du début des années 1970, dans les grands ensembles où vivent des familles portugaises, des pieds noirs et des Algériens. Brigitte Giraud rassemble ainsi plusieurs histoires d’exil dans un même espace urbain, sans les présenter comme des expériences identiques.
La place d’Olivio reste particulière : adolescent, étranger et fils d’un père absent, il cherche sa position dans un environnement où presque chacun semble avoir laissé une partie de sa vie ailleurs.
Le père absent
Au centre du roman se trouve également la relation d’Olivio avec son père.
Le garçon conserve l’image d’un homme présenté comme un héros et doté d’une mémoire remarquable, mais il comprend très tôt que ce père ne sera probablement jamais présent à l’endroit où il continue de le chercher. Cette absence donne au récit une dimension plus intime, parallèle à l’histoire collective des migrations racontées autour de lui.
L’exil devient ainsi à la fois géographique et familial. Olivio doit vivre dans un nouveau pays tout en construisant son identité autour de souvenirs, de récits et de personnes qui restent difficiles à atteindre.
Brigitte Giraud et ses thèmes
Nous serons des héros arrive après plusieurs livres de Brigitte Giraud, dont Nico, Marée noire, J’apprends, L’amour est très surestimé, Une année étrangère et Avoir un corps. Son recueil L’amour est très surestimé a notamment reçu le prix Goncourt de la nouvelle en 2007.
Avec ce roman, l’autrice associe histoire familiale, migration et mémoire dans un récit centré sur la perception d’un adolescent. Le parcours d’Olivio permet de raconter une France des années 1970 composée de personnes venues d’horizons différents, chacune essayant de créer une nouvelle vie tout en restant liée à ce qui a été perdu.